Ma Mélancolie

De tout un peu, faute de mieux...

lundi 10 novembre 2008

J'ai reçu une enveloppe de sollicitation...

Ça concernait le secours catholique. On me réclame s'il vous plait pitié de l'argent pour s'il vous plait pitié aider les pauvres ?

Aider les pauvres ? Vous voulez que je vous raconte l'histoire d'une famille qui s'est retrouvée à la rue et qui s'est adressée précisément au secours catholique ?

Ils n'avaient plus rien, rien de rien. Tout perdu à cause de déboires innommables au cours desquels ils comprirent que la police ne protège pas les gens modestes. Car c'est de ça qu'il s'agissait : leur vie était menacée et ils préférèrent fuir à la cloche de bois après que la police leur eut adressé une fin de non recevoir.

Et après quelques centaines de bornes d'errance, ils finirent par atterrir dans un bois à proximité d'une petite sous préfecture de province où ils établirent leur quartier général. 

Ils survécurent en fouillant les ordures pour récupérer des objets à réparer qu'ils revendaient dans des vides-greniers, et en mangeant des herbes sauvages (orties par exemple...).

Après une tempête auprès d'une assistante sociale, ils obtinrent un misérable logement HLM doté d'une seule chambre qu'ils attribuèrent à l'enfant âgé tout juste de huit ans. J'abrège sur les difficultés dues à l'impossibilité de payer le loyer. Le père, bien que pas très instruit ; il était autodidacte, passé du niveau quasi-illettré au niveau BEP à la force du poignet ; obtint de l'académie le droit de faire l'école lui-même, ce qui économisait les frais de cantine et aussi évitait au petit le ridicule de ses tenues misérables. On sait combien les enfants sont prompts à la vindicte et la moquerie face à la différence quand tu n'es pas "top fringue". De vrais fashions esclaves. Sois dit en passant ; l'enfant grâce à ça sauta une classe et passa plus tard son bac avec mention.

Mais je m'égare... La famille fit une demande de RMI qui lui fut refusée. Normal leur dit-on : une menace de mort, même avérée, n'est pas un motif de démission ; même quand on a forcé ta porte et que t'es obligé de vivre avec une arme sous la main. En fait, ils auraient dû tuer leurs agresseurs, là on aurait trouvé ça bien : on les aurait collé en taule, le gamin dans un foyer, et basta.

Devant l'absence de RMI, ils s'adressèrent au secours catholique.

Ils n'avaient RIEN, juste deux misérables couvertures. Dormaient directement sur un carton, sur le béton, y compris le gamin, et on était en hiver.

Les parents demandèrent bien poliment, bien humblement, un lit pour l'enfant. Pas pour eux-mêmes, non ; ils étaient prêts à tout endurer pour que l'enfant soit bien. On leur a refusé le lit. Le secours catholique leur a VENDU un vieux sommier à moitié défoncé sans matelas.

Vous savez où ils l'ont eu le matelas du gamin ? Dans une décharge ! Voilà, c'est tout.

Aujourd'hui, avec les déchetteries, ce serait même plus possible. Si tu récupères dans une déchetterie on te fout en taule. Elle a parfois bon dos l'écologie.

Je disais "c'est tout". Pas tout à fait... A quelques temps de là, la mère est tombée malade. 40 de fièvre un samedi matin. Pensez, dormir au palais des courants d'air, ce qu'était cet immeuble vétuste, sur du béton même avec un carton, en plein hiver sans chauffage, y'avait de quoi. Le monsieur, confiant dans la brochure du secours catholique qui affirmait soigner les SDF [ et qu'étaient-ils vu d'où ils venaient ? nb : la mention  été retirée depuis] s'adressa au secours catholique. En l'absence de travail et de RMI, un samedi où le ccas était bien évidemment fermé [et de toute façon, lui, fallait pas trop compter dessus ], il n'y avait guère d'autre possibilité.

Il demanda bien gentiment quelques cachets d'aspirine ou de paracetamol pour aider au moins à combattre les excès de fièvre. Maccashe ! Bernique !

C'est une RMISTE, qui se trouvant dans les locaux et entendant la conversation qui commençait à tourner au vinaigre, vint à leur domicile leur apporter une demi-douzaine de boîte de paracetamol.

Elle ne les connaissait pas, mais elle avait compris ce que crever la gueule ouverte veux dire.

Alors je vous demande : à quoi il sert tout ce pognon qu'on envoie à part à banquer les banquets des cadres de l'organisation ?

Je connais quelques cas comme ça, j'en parlerais peut-être.

Ce qui est sûr, c'est que si ma charité n'est pas éteinte ; en fonction de ce que je sais je ne donne PLUS JAMAIS de numéraires. JAMAIS. Ils peuvent se torcher pour que je sorte le moindre fifrelin. Les frais de fonctionnement ? Ils ont des subventions. Et si z'en ont pas n'ont qu'à les réclamer.

Je donne en nature, de l'alimentaire aux collectes. Pour le reste : je donne directos, de la main à la main. Et croyez moi, quand la queue du resto du cœur s'allonge jusque sur la rue et que vous braillez à la cantonade :

"- J'ai une couvrante, ou : j'ai un vélo, à donner"... Vous chialez pasque y'a trente demandes quand vous n'avez qu'un seul objet. Ca trouve toujours preneur.

De même, si je trouve un gus qui crève la dalle dans la rue et que j'ai un peu de fraîche dans la fouille, je lui paie un casse-dalle et ça lui fait bien plus de bien que si je filais ma thune au secours catholique et que je disais au quidam d'aller les voir.

N'empêche : vous voyez, c'est ça le social selon Darwin. Même quand t'as pas un lové faut que tu raques pour un sommier défoncé pour ton moutard. Pasque "la dignité" (dont t'as rien à foutre dans ces moment là) exige que, tu piges ? Quelle dignité ? Ne sont donc dignes que ceux qui consomment ? Grosse connerie qui n'a d'autre but que de promouvoir le culte de l'argent et du profit des spéculateurs dont on a vu ces dernières semaines combien leur système est solide. Remarquez, c'est du Darwinisme : que les plus aptes crèvent les moins solides et jetons à la poubelle les employés. Ils pourront toujours consommer les tranquillisants payés par la cmu ou leurs indemnités de chômage ; ça les calmera, ils oublieront leur douleur, et les profits des labos sauveront le capitalisme n'est-ce pas ?

Dégoût, blues, tristesse... Ce monde est bien hypocrite.

L'enveloppe de sollicitation du secours catholique ? Au recyclage papier mon pote !

NB : cette histoire date de 1998 - J'en ai des plus réentes.


Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=534003&pid=11308112

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :